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Inspiration

 

Les arbres sont un lien fort avec l'ancien temps. Cette continuité chuchote les voix d'avant. Elle m'inscrit dans le grand ordre, elle fait écho.

Elle m'accorde aussi la liberté de retoucher les toiles finies, comme si, à travers le temps, les messages se connectaient, comme si mon évolution marquait chaque strate, laissait sa trace, et modifiait la matière d'avant, la palette d'avant, la graphie précédente.

 

En 2014, la forêt était posée comme un décor de théâtre, une scène qui portait un message ou une histoire. Maintenant la forêt est l'histoire.

 

La source d'inspiration est alimentée par l'eau profonde percolée depuis des années à travers les strates d'existence par les arbres et leurs racines ; par l'eau qui ruisselle lors de découvertes merveilleuses, de lectures et de chocs émotionnels ; par la pluie qui tombe directement du ciel quotidien des petits émerveillement de la vie de tous les jours.

 

La forêt restera toujours un enjeu de survie, une nécessité, un refuge, une guérison.

 

Un jour, j'ai emmené 2 classes de primaire dans un bois près de Saint Etienne de Tulmont.

En cherchant ce lieu, un petit bois, j'ai tout à coup réalisé à quel point le paysage était morcelé, travaillé, dessiné, assujetti. A quel point il devait être compliqué pour des vivants sauvages de vivre simplement là. Et finalement à quel point il était difficile de vivre librement dans un territoire où la nature (la forêt) n'existe plus puisqu'elle est parquée, enclose, délimitée...

 

Jusqu'à ce moment, je projetais dans la forêt mes rythmes et mes canons. Ce qui me sautait aux yeux était déjà composé et j'offrais un point de vue alors que j'aurais aimé, parfois, montrer l'aléatoire dans le grand ordre ; écouter de nouveau les intuitions.

Depuis peu je travaille à partir de la matière même. Je décalque l'écorce de l'arbre sur un tissus volant. Et, après avoir remercié l'arbre de ce don, je pars de cette trace, de ce guide, pour construire une image mouvante et rythmée. J'utilise la tempera à l’œuf pour maitriser et la nature et la provenance de ma matière première. Je m'inscris ainsi dans la préservation du grand tout et je peux maintenir vivant mon émerveillement et mon désire impérieux de créer.

© 2015 par Mathilde Amilhat - Saint-Antonin-Noble-Val - Occitanie - France
Photos des toiles et portrait par Christian Loubet